Le 9 octobre 2026, l’émission hispanophone « En Primera Plana » de RFI / France 24 posait une question volontairement provocante : l’IA va-t-elle vraiment tous nous tuer ? Invitée du plateau, Paola Ortega Saborío, ingénieure IA chez Evolucare, y a défendu une vision lucide de l’intelligence artificielle, en particulier dans le domaine de la santé.
Quatre experts pour un sujet complexe
Présentée par Carlos Herranz, sous la coordination éditoriale de Florencia Valdés Andino, l’émission a croisé quatre profils :
- Paola Ortega Saborío, ingénieure IA chez Evolucare, éditeur français de logiciels pour les hôpitaux et les cliniques ;
- Jules Treuille, spécialiste de l’intelligence artificielle à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) ;
- Virginie Martins de Nobrega, avocate et conseillère juridique spécialisée en IA ;
- Oliver Hijano Cubelos, ingénieur chercheur en biotechnologie.
Le débat sur l’IA oppose souvent deux camps : d’un côté les lanceurs d’alerte, de l’autre ceux qui jugent ces craintes surestimées, voire entretenues par les géants du secteur. L’ambition des invités était de dépasser cette opposition.
« Entre ceux qui sonnent l’alarme et ceux qui y voient une exagération qui profiterait aux grands acteurs du secteur, il y a beaucoup à démêler. C’est exactement ce que nous avons essayé de faire, avec nuance et sans catastrophisme. » – Paola Ortega Saborío, ingénieure IA, Evolucare
En santé, des risques bien concrets
Au fil des échanges, le plateau s’est penché sur un terrain particulièrement sensible : l’arrivée d’IA toujours plus puissantes dans le monde de la santé. Dans ce secteur, une défaillance d’algorithme ne se limite pas à un indicateur dégradé : elle peut affecter directement la prise en charge d’un patient.

Un système doit être pensé pour son contexte
Une IA reflète les choix faits lors de sa conception : les données qui l’ont entraînée, ses seuils de décision, sa place dans le flux de travail. Un outil fiable en environnement de test peut se révéler inadapté sur le terrain s’il n’a pas été conçu en tenant compte de la réalité des équipes soignantes.
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La dépendance, un risque sous-estimé
Le second écueil tient à l’usage. En s’en remettant trop à la machine, les professionnels peuvent voir leur propre expertise s’éroder. Ce phénomène de « déqualification » commence à être mesuré. Une étude parue en 2025 dans The Lancet Gastroenterology & Hepatology, menée dans quatre centres d’endoscopie polonais, a observé que des endoscopistes habitués à un outil d’aide à la détection des polypes détectaient moins d’adénomes lorsqu’ils travaillaient sans lui : leur taux est passé de 28,4 % à 22,4 %. Les auteurs appellent à adapter la formation pour préserver ces compétences cliniques.

Une IA utile est une IA maîtrisée
Pour Paola, l’enjeu n’est pas de choisir entre adopter ou rejeter l’IA en santé, mais de concevoir des systèmes capables de contenir leurs propres risques.
Garder l’humain aux commandes
L’IA doit éclairer la décision du professionnel, pas s’y substituer. C’est aussi l’orientation du cadre européen : le Règlement (UE) 2024/1689 sur l’intelligence artificielle range les systèmes d’IA intégrés aux dispositifs médicaux parmi les systèmes à haut risque, soumis à une exigence de supervision humaine.
Préserver les savoirs professionnels
Paola a également insisté sur un point : tout confier à l’IA, c’est perdre les connaissances qui permettent d’en repérer les erreurs. Le soignant doit pouvoir exercer sans l’outil, et savoir le remettre en question.
Croiser les disciplines
La composition du plateau en témoignait : une ingénieure en IA appliquée à la santé, un chercheur en IA, une juriste et un chercheur en biotechnologie.
Innover avec exigence
Cette ambition va de pair avec une autre valeur, l’excellence : mettre l’expertise métier au service de la plus haute qualité. La prise de parole de Paola sur une antenne internationale en est une illustration : aborder l’IA avec rigueur, sans céder ni à l’enthousiasme aveugle ni à la peur.
Chez Evolucare, l’innovation, et en particulier l’IA, compte parmi nos cinq valeurs fondatrices. Elle s’inscrit dans notre ambition de devenir un leader paneuropéen des services numériques de santé, au service d’un continuum reliant le sanitaire et le médico-social.
👉 En savoir plus sur l’intervention de Paola dans l’émission « En Primera Plana », RFI / France 24
Paola Ortega Saborío est ingénieure IA chez Evolucare, spécialisée dans le traitement automatique du langage naturel (NLP) appliqué à la santé. Elle est titulaire d’un master en données et intelligence artificielle de l’Institut Polytechnique de Paris et d’un diplôme de premier cycle en informatique de l’Université du Costa Rica. Ses travaux visent à transformer les données textuelles médicales et médico-sociales en informations exploitables pour accompagner les professionnels de santé.




